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Les conséquences de tous ces abus ont été multiples, vous vous en doutez : dépersonnalisation, manque de confiance totale en l'autre et en moi, clivage de mes émotions, sentiments et sensations corporelles, incapacité à tomber amoureuse ou à entrer en relation avec les autres, fermeture, repli sur moi et comportement parfois quasi autistique...
J'étais, à l'adolescence, inconsciente
des transformations de mon corps, comme si ce dernier ne m'appartenait pas.
Grande, pratiquement sans poitrine, mince, on voyait toutes mes côtes… Mal
fagotée, toujours habillée en noir ou gris, ce que me reprochait toujours ma
mère ! Je détestais tout ce qui avait de loin ou de près à voir avec la
séduction. Je détestais l'idée de séduire… Tout ce qui était du domaine de la
découverte de nouveaux sentiments et de la sexualité m'était étranger. Je n'y
avais pas droit, cela ne faisait pas partie de mon monde, c'était pour les
autres, j'avais seulement le droit de les observer, sans pouvoir comprendre ni
ressentir ce qui se passait en eux : étrange rappel de mon rôle de miroir
pendant toute ma vie !
Étrangère à moi-même et aux autres :
telle était ma vie ! Survolée, telle un zombie, un mort-vivant, je végétais. Ma
mère m'avait d'ailleurs dit que j'étais muette comme une tombe pour vanter la
qualité avec laquelle je gardais les secrets !
Peu de choses me restent en mémoire de
cette période, étant si peu touchée au fond de moi par les gens ou les
événements…
Ce
rôle de spectatrice devenait de plus en plus douloureux et difficile à vivre… Je n'avais pas d'amis...
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J'ai alors, à l'âge de 19 ans, couché avec le premier homme qui était attiré par moi, simplement pour qu'il me dépucelle, pour être comme les autres filles. Puis, je l'ai envoyé péter ailleurs. J'ai, par la suite, eu de multiple relations avec des hommes pour essayer d'être comme les autres femmes. Mais je n'étais jamais attirée sexuellement et ne tombais non plus jamais amoureuse. J'ai aussi couché avec des hommes d'un soir rencontrés par exemple en boîte de nuit, et avec presque tous les copains de mon frère qui venaient dormir chez nous et s'immisçaient discrètement la nuit dans mon lit. Me prosituer a aussi fait partie de mon parcours, ainsi que poser pour des photographes toute nue, pour une maigre somme.
J'avais de temps en temps un copain pour faire comme tout le monde. Mais aucun sentiment amoureux ne naissait. Côté sexuel, je gérais tant bien que mal les relations pour faire plaisir à mon copain et pour me remettre de l'acte, je partais le soir, quelle que soit l'heure, pour me retrouver enfin. À 28 ans, j'ai même envisagé de m'installer en couple à la condition que j'ai ma chambre ! Puis la découverte de mon homosexualité à changé ces plans socialement raisonnables...
Je ne supportais pas la présence des autres trop longtemps, j'avais très vite besoin de me retrouver seule
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Je suis devenue incapable de sentiments, ce monde étrange de l'amour m'étant inconnu...
Alors j'allais chez mon analyste et lui posait cette question de façon récurente : "C'est quoi l'amour ???"
Drame de mon enfance, de mes blessures, de mon quotidien et de l'"éducation" de mes parents, le résultat était là : j'avais le cœur glacé, j'étais froide, distante et incapable de comprendre ce que les autres pouvaient ressentir, ce mot même ne faisant pas partie de mon vocabulaire !
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