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 Ma mère et moi

 Ma mère... ce sera a coup sur le chapitre le plus long...

 Ma mère, je l'ai dans la peau, dans mes cellules, c'est le centre de ma vie,

 Elle disait, quand nous étions petit moi et mon frère : "je suis trois !" Aucune séparation, pas d'individualité permise. Seule  un prolongement au narcissisme défaillant de ma mère.

 Mon oedipe

 Rôle du miroir !

 La fille tombe amoureuse de son père et le garçon de sa  mère. Et moi ? J'ai du être amoureuse de ma mère. Pas de  père, et ma mère dans toutes mes cellules, c'est un amour  passionnel pour ma mère. Identification impossible à cette  figure féminine distante, interdite car dangereuse pour ma  mère qui ne supporte aucune rivalité. Alors la fille  amoureuse de sa mère, voilà la solution au déficit  narcissique de ma mère. Amour gratifiant, revalorisation  d'une enfant soumise et dévalorisée.

 Mon rôle principal d'enfant modèle et bien dressée : être un  miroir. Oh mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle...  C'est toi, maman ! Oh mon beau miroir, dis moi qui est la plus  intelligente... C'est toi maman ! Oh mon beau miroir, dit moi  qui est la plus jeune mère... C'est toi, maman ! etc...

 Un miroir n'a pas le droit d'exister par soi même, d'être  humain, de ressentir, d'avoir des émotions

 Un miroir sert à revaloriser le narcissisme de celui qui l'utilise  dans ce rôle, en l'occurrence ma mère. Et il m'était bien  entendu interdit de me révolter sous peine d'être rejetée par  ma mère. De plus, j'avais plutôt un caractère soumis, la  révolte, la colère m'était absolument interdits par ma mère et  impensable pour moi.

 J'ai passé mon enfance et mon adolescence à écouter ma mère,  ses histoires idéalisées, à l'admirer dans sa salle de bain, à la  trouver belle, jolie, jeune, intelligente, parfaite en résumé !

Ma mère est dans chacune de mes cellules

 Mon éducation en général...

 Ma mère a été une mère très sévère, autoritaire et stricte. J'ai coutume de dire  que nous étions bien "dressés"!

 En effet, un simple regard de ma mère me terrorisait... J'étais une enfant  extrêmement soumise, la colère était interdite, même un simple "non" l'était !

 Je n'était acceptée que si j'étais soumise, que je jouais le rôle de joli miroir  déformant-enjoliveur pour ma mère et que si je ne faisait d'ombre ni à mon frère ni  à elle.

 Ma mère m'a éduqué essentiellement sur la base de relations de pouvoir : elle  domine, je me soumets et obéis, il n'y a pas d'autre mode relationnel qui existe !  C'est à cette condition qu'elle s'est ouverte un peu à moi et m'a donné un semblant  d'amour conditionnel, dépendant bien évidemment de mon côté soumis et formaté à  l'image qu'elle se faisait de moi.

 Il m'a fallu tout un travail personnel avec mon analyste pour me dégager de son  emprise sur moi, qui était telle qu'à 28 ans, je disais encore que je lui téléphonais  pour savoir ce que JE pensais !!!

 Je peux encore ajouter que les émotions, les sentiments étaient pervertis ou  ignorés. J'entends par là que ma mère ridiculisait toute démonstration émotionnelle,  spécialement si elle se sentait remise en question en sa qualité de mère, si bien que  j'en suis arrivée à me sentir comme incapable d'émotions. Derrière cela, il s'est avéré  que montrer mes émotions me terrorisait à un tel point que j'avais refoulé toute vie  émotionnelle qui m'était intolérable. Pour moi, montrer une douleur, une souffrance  équivalait à me sentir détruite. Ma mère profitait de la vulnérabilité lors de  l'expression des émotions pour 'humilier.

 Lorsque j'ai commencé mon analyse, à l'âge de 28 ans, et après quelques séances  individuelles, mon analyste m'a fait une proposition : "Est-ce que ça t'intéresserait de  venir faire du travail émotionnel en groupe un week-end ?". Ne comprenant pas de  quoi il s'agissait, je lui demandais :"En quoi cela consiste ?" et il me répondit tout  simplement :"Les personnes présentes partagent entre elles ce qu'elles  ressentent...". J'ai eu un air étonné, je ne comprenais pas...: "Ce qu'elles... quoi?"  !!! Dans ma famille, on ne "ressentait"pas ! On pensait, on réfléchissait, on étudiait,  on argumentait, on devait faire ci ou ça... mais on ne ressentait pas !!

 Hier

 La relation avec ma mère, au jour d'aujourd'hui, n'existe plus. Même le semblant de relation que nous avons toujours eu,  du temps ou j'étais le fantôme de moi-même, encore soumise, n'existe évidemment plus, elle n'est plus possible. À partir du  moment ou je me suis révoltée, j'ai été dure avec ma mère, je l'ai remise en question sans forcément prendre des pincettes.  Elle ne l'a pas supporté et ne souhaite à ce jour plus me voir. Elle répand le bruit que j'appartiens à une secte (alors que c'est  elle qui a coupé les ponts avec moi malgré mes tentatives pour créer une nouvelle relation !) et prétend que j'étais beaucoup  mieux avant mon analyse et que je suis quelqu'un de vraiment méchant. elle dit que je suis devenue une étrangère pour elle,  ce qui doit certainement être vrai. Par contre, elle ne manifeste aucun désir de connaître sa fille telle qu'elle est aujourd'hui...

 C'est une grande souffrance pour moi de ne pas sentir que j'existe pour ma mère, ou que je ne peux exister pour elle que dans  mon rôle et que hors de ce rôle, je ne l'intéresse plus...

 Ce sont encore là mes souffrances d'enfant qui ne sont pas guéries...

 Aujourd'hui

 Mes sentiments envers ma mère ont complètement changés. Je ne ressens plus aucun sentiments de colère, de haine ou de  désir de vengeance ou de revendication. Je n'ai plus aucune attente, je ne souffre plus de ce qu'est ma mère. Elle n'a pas  changé, elle est toujours la même, mais une transformation a eu lieu à l'intérieur de moi. Je pense avoir accepté ma mère  telle qu'elle est, peut-être pourrait-on dire que j'ai terminé le deuil de la mère que je n'ai jamais eu et que je n'aurai jamais.  Les choses sont ainsi, je ne désire plus rien en ce qui la concerne. Je m'autorise simplement, lorsque cela vient, à ressentir  de l'amour pour elle, à me laisser toucher par ce qu'elle et ce qu'elle vit. Je me sens en paix.

 

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