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 Ma mère et moi

 Ma mère... ce sera à coup sur le chapitre le plus long...

 Ma mère, je l'ai dans la peau, dans mes cellules, c'est le centre de ma vie.

 Elle disait, quand nous étions petit moi et mon frère : "je suis trois !". Nous ne pouvions exister que comme prolongement de  ma mère.

 Je vais ici vous parler un peu de la façon dont j'ai été élevée par ma mère. Tout ce que j'ai écrit est donc MA VÉRITÉ.

 Mon oedipe

 Rôle du miroir !

 La fille tombe amoureuse de son père et le garçon de sa  mère. Et moi ? J'ai du être amoureuse de ma mère.  J'envisage aussi l'hypothèse d'avoir aimé mon père avant  leur divorce et de m'être sentie trahie par son abandon. Pas  de père, et ma mère dans toutes mes cellules, je vis un  amour passionnel pour ma mère. Mais l'identification à elle  est impossible car je représente un danger. Et ma mère est  heureuse de l'amour que je lui porte en tant qu'enfant.

 Mon rôle principal en tant qu''enfant : être un miroir  revalorisant pour ma mère.

 Un miroir n'a pas le droit d'exister par soi même, d'être  humain, de ressentir, d'avoir des émotions.

 Un miroir sert à revaloriser le narcissisme de celui qui l'utilise  dans ce rôle.

 J'ai passé mon enfance et mon adolescence à écouter et à  idéaliser ma mère, ses histoires d'amour, sa beauté, sa  jeunesse, son intelligence...

 Je la rendais parfaite...

 Mais j'étais moi-même un zombie... morte-vivante...

Ma mère est dans chacune de mes cellules

 Mon éducation en général...

 Ma mère a été une mère très sévère, autoritaire et stricte. J'ai coutume de dire  que nous étions bien "dressés"!

 En effet, un simple regard de ma mère me terrorisait... J'étais une enfant  extrêmement soumise. Montrer de la colère était impossible pour moi, même  simplement dire "non"...l

 Je n'ai pu exister que dans l'ombre de ma mère et de mon frère. Exister par ma  non-existence...

 J'ai très tôt appris à me soumettre, car nos relations familiales étaient dictées par  des relations de pouvoir essentiellement. Obéir a été la seule façon pour moi de me  sentir acceptée et d'être aimée.

 Je me suis interdite, avec le temps, d'oser exprimer toute émotion. J'étais terrorisée  à l'idée de montrer ma vulnérabilité et de me sentir humiliée ou honteuse par la  suite,  selon la réaction ou les propos de ma mère. Peu à peu, je me suis coupée de  mon  monde émotionnel, trop dangeureux à mes yeux dans ma famille... Pour moi,  montrer  une douleur, une souffrance équivalait à me sentir détruite  automatiquement par la  réaction de ma mère...

 Il m'a fallu tout un travail personnel avec mon analyste pour me dégager de son  emprise sur moi, qui était telle qu'à 28 ans, je disais encore que je lui téléphonais  pour savoir ce que JE pensais !!!

 Lorsque j'ai commencé mon analyse, à l'âge de 28 ans, et après quelques séances  individuelles, mon analyste m'a fait une proposition : "Est-ce que ça t'intéresserait de  venir faire du travail émotionnel en groupe un week-end ?". Ne comprenant pas de  quoi il s'agissait, je lui demandais :"En quoi cela consiste ?" et il me répondit tout  simplement :"Les personnes présentes partagent entre elles ce qu'elles  ressentent...".  J'ai eu un air étonné, je ne comprenais pas...: "Ce qu'elles... quoi?"  !!! Je ne me  souviens pas que dans ma famille on "ressentait". J'ai par contre le  souvenir qu'on  pensait, qu'on réfléchissait, qu'on étudiait ou encore qu'on  argumentait... mais je n'ai  pas le souvenir d'avoir utilisé le mot "ressentir"...

Oser lui dire "non" m'aurait détruite...

 Le toucher de ma mère...

 Ma mère avait une façon bien à elle de me toucher.J'ai toujours associé le terme  "main articulée" à la sensation que je ressentais à son toucher. Je ne ressentais pas  douceur, mais plutôt une main brusque, presque robotisée. Associé à cela, je ne me  sentais pas respectée lorsqu'elle me pinçait les fesses ou me léchait. Alors, je  grimaçais et râlais tout en essuyant la partie de mon visage qu'elle venait de mouiller.  Et je ne savais pas pourquoi, quand elle me serrait dans ses bras, il m'arrivait de  devenir toute rigide… je ne pouvais vivre cet échange… mais y avait-il réellement  échange ?

 J'ai souvent vu ma mère plus ou moins déshabillée… lorsqu'elle essayait de nouveaux  vêtements et me disait de la suivre ou alors quand on discutait et que tout à coup elle  me disait de la suivre aux toilettes pour continuer la discussion, ou encore quand on  parlait et qu'elle se faisait belle dans sa salle de bain…

 Je crois que je me suis sentie envahie par ma mère très tôt, physiquement et  psychiquement. Profondément envahie, dépossédée de moi-même, de mon  individualité, de mes envies, de mes particularités…

Je n'ai jamais eu le sentiment que mon corps m'appartenait

 Aujourd'hui

 La relation avec ma mère, au jour d'aujourd'hui, n'existe plus. Même le semblant de relation que nous avons toujours eu,  du temps ou j'étais le fantôme de moi-même, encore soumise, n'existe évidemment plus, cela n'est plus possible. À partir du  moment ou je me suis révoltée, j'ai été dure avec ma mère, je l'ai remise en question sans vraiment prendre des pincettes.  Elle ne l'a pas supporté et ne souhaite à ce jour plus me voir. Elle pense que j'appartiens à une secte et dit que j'étais  beaucoup mieux avant mon analyse. Je suis devenue une étrangère à ses yeux, ce qui doit certainement être vrai.

 J'ose dire aujourd'hui que je ne souffre plus de la relation manquée avec ma mère... Quand je pense à elle, je ne ressens plus  ni haine ni colère. Je ressens plutôt de la tristesse pour tout ce gâchis, toutes ces souffrances. Je ne pense pas que ma mère  soit heureuse avec toutes ses propres souffrances qu'elle a refoulées. Cela me fait mal de penser à ma mère...

 C'est comme si mes douleurs et souffrances sont suffisamment guéries pour que maintenant je ressente plus ses souffrances  à elle, même si je ne ressens pas différence dans son comportement...

 Parfois, quand même, je sens la colère qui remonte et je n'arrive pas à accepter qu'elle puisse être aussi inhumaine et  seulement désireuse de gagner ce "combat" qui l'oppose à moi qui ne veut plus me soumettre et m'abaisser. Comment un  parent peut-il être aussi indifférent à son enfant ? Je ne le comprends pas, je ne peux l'accepter...

 Lorque j'ai mis ce site en ligne, en 2006 dans sa première version moins soft, on s'était revues deux fois avant, seules les  apparences étaient sauvées car aucune discussion franche, honnête et sincère n'avait eu lieu. Puis, depuis la mise en ligne du  site, je n'ai plus entendu parler d'elle. Seul mon frère s'est fait son messager en me disant que si je ne retirait pas mon site  d'internet, j'aurai droit à un procès en diffamation. Je l'ai retiré, apeuré par la capacité de ma mère à me détruire pour  gagner, puis je l'ai remis, plus tard, dans la version actuelle.

 Le manque de parent est profond en moi, j'en pleure encore, quand la vie est difficile...

 En bref, ma mère, selon moi, avait beaucoup du comportement d'une pervers narcissique !

 Pour vous faire une petite idée de ce qu'est une personne pervers narcissique, je vous suggère la lecture très compète  du  profil type ci-dessous. J'ai mis en gras et italique ce qui, dans mon histoire, a correspondu à mon ressenti de mon enfance.

 

 Intelligence, niveau culturel

 Certains ont un très bon niveau culturel. Tous sont intelligents et particulièrement bons psychologues.

 Absence de valeurs morales

 Leur manque d’état d’âme, de remords ou de problème de conscience peut être si extrême, qu’au début de leur relation avec  elles, leurs victimes ne peuvent y croire. Ce manque de scrupule les déroute, les estomaque ou les abasourdit.

 En fait, ils ont un total mépris pour toutes lois ou contrainte morales. Leur morale est, le plus souvent, celle de la morale ou  la loi du plus fort et/ou du plus rusé, du plus retors. Il y a le plus souvent, dans leur comportement, la banalisation du mal,  une certaine « relativisation » de la morale, dans le cadre d’un nihilisme opérationnel, qui peut même être militant. Ils n’ont  du respect que pour les gens plus forts qu'eux, ayant plus de pouvoir et de richesse ou plus combatifs qu'eux. Faire preuve d’  humanité, de sensibilité est souvent vu par eux comme l’expression d’une forme de naïveté ou de sensiblerie qui n’a pas  lieu d’être. Seuls les résultats comptent : « la fin justifie les moyens ».

 Le pervers narcissique n'éprouve aucun respect pour les autres, qu'il considère comme des objets utiles à ses besoins de  pouvoir, d'autorité ou servant ses intérêts. Il fait des promesses qu’il ne tiendra pas, sachant que « Les promesses n’  engagent que ceux qui y croient ». Il n'hésite pas à dérober de l'argent, des bijoux, des vêtements à son partenaire ou à ses  amis sans éprouver la moindre honte. Pris sur le fait, il est capable de nier avec un aplomb hors du commun...

 Egoïsme, défense agressive de leurs intérêts


 Charité bien ordonnée commence toujours par soi-même. Il sait parfaitement et farouchement défendre ses intérêts et il en  a toujours une vision très claire. Son unique objectif est d’obtenir un bénéfice pour sa propre personne. Il essaye de  profiter à chaque instant de toute opportunité, de toutes les situations, de toutes les personnes rencontrées - ces personnes  étant systématiquement instrumentalisées tant que cela est possible - pour en tirer, autant que possible, avantage pour lui.  Sa philosophie est toujours utilitariste. Et il sait ménager ceux dont elle a besoin, son conjoint, une relation de travail… car  même l’être le plus asocial a besoin d’affection, de compagnie, de présence (ne serait-ce que pour se faire admirer) et donc  par moments, sera gentil avec son partenaire.

 Il n'est « courageux » que quand il est sûr de gagner, et que cela va dans le sens du renforcement gratifiant de son image  narcissique. Sinon, il fait preuve d’une extrême prudence et s’abstient de faire preuve de courage. Lors du naufrage du  Titanic, il sera le premier à passer, selon les prétextes les plus fallacieux, avant les femmes et les enfants, dans le canot de  sauvetage. La notion d’honneur ou d’élégance morale lui est inaccessible.

 Egocentrisme

 Comme pour tous les narcissiques, tout leur est dû. Elles n'admettent aucune mise en cause et aucun reproche. Leur loi  est  celle de leur désir, immédiat, dans l'instant. Tout doit leur céder systématiquement. C’est comme s’ils étaient demeurés,  à l’âge adulte, un enfant gâté. Un petit bobo chez eux prend de graves proportions, comme si c’était une maladie importante,  devant alors inspirer alors la compassion de l’entourage.

 Voici quelques exemples du mode de pensée du pervers narcissique :

 « Je suis génial, je suis fort, je suis au dessus des autres, dans le haut du panier ». · « Les autres ne peuvent pas ne pas m’  aimer ». · « Je vais me servir de l'autre pour obtenir ce que je veux, ce à quoi j’ai droit ». · « Je vais m'arranger pour  que ma victime se sente coupable afin qu'elle ne m'en veuille pas et qu’elle n’ait aucun désir de prendre son  indépendance ». · «  Pourquoi aurais-je un problème de conscience, ce n’est quand même pas de ma faute si elle est à ce  point stupide ou naïve.  Je n’y suis pour rien si elle est si naïve ». · « Ma victime me remerciera pour ce que je fais pour  elle, ce qui est normal étant donné que c’est vrai, sans moi elle ne serait rien, c’est un honneur que je lui fais ». · «  Quand il arrive un problème - même  si c’est autrui qui a ce problème -, j’ai de la peine pour moi, pas pour autrui » (ce  raisonnement  est généralement  inconscient).

 Absence d’empathie

 Les pervers narcissiques sont incapables d’aimer les autres. Dans leur immense majorité, ils n’ont aucune « humanité »,  aucun sentiment humain, aucun état d’âme, aucun affect. Ils sont froids et calculeurs, totalement indifférents à la  souffrance d’autrui.

 Mais tout en étant, le plus souvent, incapables d’avoir des sentiments humains, ils simuleront le fait d’être totalement  remplis, en apparence, de bons sentiments humains et d’une sincère empathie pour autrui.

 Les pervers peuvent se passionner pour une personne, une activité ou une idée, mais ces flambées restent très superficielles.  Ils sont en fait souvent vides d’intérêts, sauf pour leur intérêt immédiat. Ils ignorent les véritables sentiments, en  particulier les sentiments de tristesse ou de deuil (pour les autres). Les déceptions entraînent chez eux de la colère ou du  ressentiment avec un désir de revanche. Cela explique la rage destructrice qui s'empare d'eux lors des séparations. Quand un  pervers  perçoit une blessure narcissique (défaite, rejet), il ressent un désir illimité d'obtenir une revanche. Ce n'est pas,  comme chez  un individu coléreux, une réaction passagère et brouillonne, c'est une rancune inflexible, implacable à laquelle  le pervers  applique toutes ses forces et ses capacités de raisonnement. Et alors, il n’aura que cesse d’assouvir son dessein  de vengeance.

 La séduction perverse ne comporte aucune affectivité, car le principe même du fonctionnement pervers est d'éviter tout  affect. Les pervers, tout comme les paranoïaques, maintiennent une distance affective suffisante pour ne jamais  s'engager vraiment. L'efficacité de leurs attaques tient au fait que la victime ou l'observateur extérieur n'imaginent pas  qu'on puisse être à ce point dépourvu de sollicitude ou de compassion devant la souffrance de l'autre.

 Les éventuels dérèglements sexuels ou la « méchanceté » foncière pourraient être les conséquences de cette absence de  sentiments et d’empathie pour les autres. Il est possible que le manque d’affect empêche de ressentir l’intégralité des limites  morales entre ce qui est permis ou interdit dans la société. Mais ce n’est qu’une hypothèse.

 Haine et agressivité

 Le pervers narcissique a souvent besoin de haïr pour exister ; c'est une des raisons pour lesquelles il n’est jamais satisfait  par quoi que ce soit (les autres, les objets…). La haine peut être chez lui un moteur très puissant de son action et de son  comportement. N’arrivant pas à obtenir et jalousant la plénitude ou le bonheur qu’il observe chez l’autre, il en vient à haïr et  à détruire ce qu'il aime et recherche intensément. Étant incapable d'aimer, il essaie de détruire, par cynisme, la simplicité  de toute relation naturelle et saine.

 A cause de leur histoire personnelle, les pervers n'ont souvent pas pu se réaliser. Ils observent alors avec envie ce que  d'autres qu'eux ont pour se réaliser. Et ils essaient de détruire le bonheur qu’ils observent auprès d'eux. Prisonniers de leur  propre personnage et de l’image, le plus souvent factice, qu’ils présentent à la société - ce qui leur impose de terribles  contraintes permanentes -, ils tentent alors de détruire la liberté d’autrui et de lui imposer des contraintes décidées par eux.  Il y a, chez eux, une mentalité agressive d’envie, de convoitise, d'irritation haineuse à la vue du bonheur, des avantages  d'autrui.

 Pour s'accepter et s’affirmer, les pervers narcissiques doivent triompher de quelqu'un d'autre, le détruire, jouissant alors  de sa souffrance. Cette perception, de ce qu’ils croient ne pas posséder, est subjective, elle peut même être délirante. Ce  sentiment d'infériorité vis-à-vis de la personne enviée et haïe les pousse à chercher à posséder ce qui est convoité. Pour  combler l'écart qui les sépare de l'objet de leur convoitise, il leur suffit alors de l'humilier, de l'avilir.

 Ils envient la réussite des autres, qui les met face à leur propre sentiment d'échec, sans cesse refoulé, car ils ne sont pas plus  contents des autres qu'ils ne le sont d'eux-mêmes. Pour eux, rien ne va jamais. Ils imposent aux autres leur vision péjorative  ou négative du monde et leur insatisfaction chronique concernant la vie. Ils cherchent, souvent, à démontrer que le monde  est mauvais, que les autres sont mauvais. Personne n’a vraiment grâce à leurs yeux. Agresser les autres est le moyen  d'éviter la douleur, la peine, la dépression.

 Ils aiment attendre dans l’ombre, masqués. Certains calculent leurs coups ou leur vengeance très longtemps à l’avance,  parfois sur plusieurs années (pour eux la vengeance est un plat qui se mange froid et ils aiment à s’en délecter). C’est la  raison pour laquelle ils peuvent être redoutables et imprévisibles. Et d’ailleurs, ils sont le plus souvent imprévisibles.

 Mensonge

 Le pervers narcissique est toujours, intérieurement, dans la peau d’un autre, il n'est jamais sincère, toujours menteur. Il  peut aussi bien dire la vérité que mentir avec aplomb, d’une façon jusqu’au-boutiste (comme un « arracheur de dent »). Le  plus souvent, il effectue de sensibles falsifications de la vérité, qu'on ne peut pas vraiment qualifier de mensonges, et encore  moins de constructions délirantes. Mélanger le mensonge, la sincérité et la franchise - ce qui est, pour l'autre, très  déstabilisant - fait partie de son jeu.

 Derrière cette attitude de mensonge jusqu’au-boutiste, qui paraît parfois suicidaire, se cache, le plus souvent, une attitude  de défi à l’ordre social, une façon de montrer qu’il est toujours le plus fort et qu’il contrôle toujours la situation... Même  quand il le faudrait, il ne reconnaîtra jamais rien, ni ses mensonges, ni ses torts, même dans les moments cruciaux lors d’  un interrogatoire policier, voire d'un procès d’assises.

Par contre il pourra reconnaître éventuellement un mensonge mineur s’il n'a pas grand chose à y perdre. Mais même l’aveu de ce petit mensonge sera toujours difficile à obtenir de sa part.

 Mythomanie

 Le pervers narcissique a souvent une composante mythomane. Elle est liée à sa propension au mensonge - une composante  opérationnelle, consciente, pour parvenir plus facilement à ses fins - et à un besoin de se voir mieux qu’il n'est dans la  réalité. Il aime se mentir à lui-même, sur lui-même. Le déni (de ses défauts, de l'autre) lui permet de « s'aimer » (et de s’  aimer toujours plus).

 Comme tout mythomane, il ment souvent parce qu'il craint la réaction négative de l’entourage (de dévalorisation, par  exemple) qu'entraînerait l'aveu de la réalité et de son mensonge. Sa mythomanie a tendance alors à s’auto-entretenir, sans  fin, voire à se renforcer au cours du temps. Il se ment à lui-même, sur sa vraie valeur, sur ce qu’il est réellement. Il sait  partiellement qu’il se ment à lui-même, mais en même temps il minimise son propre mensonge sur lui-même. A certains  moments, il finit par croire à son mensonge, à d’autres, il a conscience de son mensonge. C’est toute l’ambivalence de la  pathologie mythomane.

 Un « comédien né »

 Le pervers narcissique est un « comédien né ». Ses mensonges à force d’entraînement sont devenus chez lui une seconde  nature.

 Sa palette de personnalités, de personnages, d’émotions feintes est étonnante. L’éventail de son jeu d’acteur est étonnant,  infini, sans cesse renouvelé.

 Il donne le plus souvent l’image d'une personne parfaitement calme, ne s’énervant jamais.

 Intégration sociale et extraversion

 Le pervers narcissique est en général apprécié au premier abord car il paraît extraverti, sympathique et séduisant.  Assez fin psychologue, il a souvent un talent pour retourner l’opinion en sa faveur et emporter l’adhésion à ses idées, même  les plus contestables.

 Orgueil et Combativité

 Le pervers narcissique est le plus souvent doté d’une combativité extrême et d’une capacité de rebond remarquable. Sa  mégalomanie, son narcissisme, voire sa paranoïa, renforcent cette combativité.

 Souvent immensément orgueilleux, voire mégalomane, le pervers narcissique aime gagner, à tout prix, sans fin, et ne peut  admettre, une seule fois, de perdre. Il est prêt à tout, même aux coups les plus retords, pour ne jamais perdre. Le pervers  est comme un enfant gâté. S’il ne rencontre pas de résistance, il ira toujours plus loin.

 À cause de cette stratégie de victoires sans fin il peut parvenir à se convaincre qu’il n’y a pas de valeurs morales positives  dans l’univers et qu’il gagnera toujours à agir ainsi.

 À la longue cette tendance, qui peut lui assurer une dynamique du succès pendant un certain temps, devient une addiction.  Signe de sa mégalomanie, elle la renforce en retour, et l'amène à ne plus pouvoir tolérer la moindre frustration ou  contradiction.

 Le pervers narcissique adore se valoriser, paraître plus qu’il n’est réellement. Toute atteinte à la haute image qu’il a de  lui-même le rend très méchant, agressif. Tous ses efforts viseront alors à rétablir cette image flatteuse qu’il a de  lui-même, et ce par tous les moyens, y compris par la destruction du perturbateur, celui qui a commis le crime de  lèse-majesté.

Il a une très haute opinion de lui-même. Les autres sont pour lui quantités négligeables - ce sont des larbins, des domestiques, des « peanuts »… -. Il déteste qu’on lui fasse de l’ombre, qu’on se mette en avant, qu’on prenne de l’ascendant sur lui, qu’on lui résiste, qu’on lui dise non. Il a besoin sans cesse de rabaisser autrui, par une petite pique de-ci de-là (untel n’a pas de personnalité, untel est égoïste, untel est ingrat, untel est pingre…).

 Sadisme

 Un plaisir pervers s'éprouve dans la vision de la souffrance de l’autre. Le pervers ressent une jouissance extrême, vitale, à  voir l'autre souffrir, à le maintenir dans le doute, à l'asservir et à l'humilier. Étant incapable de relation véritable, il  ne peut en établir que dans un registre pervers de malignité destructrice. Les êtres humains ne sont plus pour lui des  êtres humains, mais des objets de jeu et de plaisir. Il aime chosifier l'autre, et faire en sorte que sa victime ne puisse  jamais s’en sortir, ne serait-ce que pour l'empêcher de témoigner contre lui.

 Paranoïa

 À leur personnalité perverse et narcissique peut parfois se superposer une composante paranoïaque. À force de duper les  gens, le pervers se doit d’être de plus en plus secret et d’être de plus en plus sur ses gardes. Il se confie de moins en  moins. À un moment clé, il peut se révéler d’une hyper-susceptibilité maladive. Il vit dans une suspicion constante et une  prudence extrême, qu’il dissimule profondément. Sa paranoïa apparaît alors décupler son intelligence, lui fournissant alors un  extraordinaire regain d’énergie combative.

 « Esprit mesquin »

 On est parfois surpris de découvrir, derrière son apparence généreuse, brillante, très intelligente, un esprit mesquin,  terriblement jaloux, rancunier, vengeur, d'une indéniable petitesse morale. Ses buts « nobles » et « généreux » se révèlent  alors nettement moins nobles qu’il n’y paraissait au premier abord. Il semble en effet (et c’est ce qui apparaît à l’analyse)  aimer se venger discrètement, sans témoin, sans que la victime s’en rende compte et il savoure le plus souvent sa  vengeance en solitaire. Et c’est une des raisons pour lesquelles sa conduite peut paraître parfois secrète, indéchiffrable ou  déroutante.

 Si sa victime lui a résisté et lui a fait un affront, il pourra « s’amuser », par exemple, à lui envoyer une lettre d’anniversaire  incompréhensible, à une date éloignée de la date d’anniversaire, cette action incongrue étant à ses yeux une « bonne  plaisanterie », dont il sera d’ailleurs le seul à rire ou à jouir.

 Ce genre de comportement paraît parfois être l'indicateur d’un début de psychose ou de démence précoce, en tout cas d’une  réelle forme de maladie mentale, mais pas nécessairement.

 Narcissisme criminel

 Terme imaginé par Daniel Settelen, psychiatre, et Denis Toutenu, psychiatre, dans leur livre « L'affaire Romand : le  Narcissisme criminel », consacré au cas de Jean-Claude Romand, qui décrit la personnalité du pervers narcissique au moment  où il passe à l’acte criminel.

 Psychogénèse et enfance

 Souvent, le pervers narcissique est quelqu'un qui n'a jamais été reconnu dans sa personnalité propre, qui a été victime d’  investissement narcissique important de la part de ses parents et qui a été obligé de se construire un jeu de personnalités  (factices), pour se donner l'illusion d'exister et être conforme à l’image narcissique voulue par les parents.

 La pathologie de l'enfant s'est trouvée induite par les exigences narcissiques de son entourage familial et scolaire. Une fois  adulte, le narcissique a poursuivi sur sa lancée, instrumentant, tout en en souffrant, l'aveuglement de son entourage.

 Certaines carences affectives dans l’enfance peuvent aussi l’empêcher, à l’âge adulte, d’aimer autrui.

 Il a pu subir aussi, durant son enfance ; des blessures narcissiques, plus ou moins importantes. Ces blessures le pousseront à  satisfaire, sans cesse, un énorme désir de reconnaissance ou de revanche. Il a alors un besoin énorme d'être aimé, reconnu,  surévalué, surestimé par rapport à ce qu'il est réellement.

 Il peut être l’enfant surprotégé, chouchouté, le petit dernier (à l’exemple du jeune Abdallâh, des albums de Tintin), statut  dont il profite à fond, un de ces enfants qui profitent sans cesse de l'aveuglement de ses parents sur sa véritable nature (en  se faisant passer pour le petit malade souffreteux, pour la victime imaginaire des professeurs, du frère ou de la sœur). En  particulier l’enfant unique, tant attendu, conçu tardivement…, qu’on dorlote alors d'autant plus. Ou simplement un de ces  enfants gâtés, à qui ont n’a pas appris à résister à leurs désirs et leurs frustrations.

 De fait, le pervers narcissique est sans cesse amer, frustré et accuse systématiquement les autres. A la moindre blessure  narcissique, à la moindre frustration il bascule dans la haine et passe à l’acte.

 Dès leur enfance, ces pervers sont souvent doués d'une intelligence supérieure à la moyenne, voire redoutable,  machiavélique, leur permettant déjà d'élaborer des pièges ou des stratégies très subtils. Tôt, ils peuvent déjà abuser leurs  parents et leurs amis. L’enfant, plus intelligent, plus psychologue, que les parents l’imaginent, phagocyte littéralement la  mère ou le père (une mère ou un père complice ou bien qui ne se doute de rien), dans une relation littéralement fusionnelle  qui empêche les parents d’avoir un recul suffisant.

Sa biographie personnelle (son histoire) est importante à ses yeux car elle justifie, plus que toute chose, sa philosophie de vie et son comportement actuel.

 Les pervers narcissiques sont-ils fous ?

 Selon Marie-France Hirigoyen, « Les pervers narcissiques sont considérés comme des psychotiques sans symptômes, qui  trouvent leur équilibre en déchargeant sur un autre la douleur qu'ils ne ressentent pas et les contradictions internes qu'ils  refusent de percevoir. Ils «ne font pas exprès» de faire mal, ils font mal parce qu'ils ne savent pas faire autrement pour  exister. Ils ont eux-mêmes été blessés dans leur enfance et essaient de se maintenir ainsi en vie. Ce transfert de douleur leur  permet de se valoriser aux dépens d'autrui. » ("Le Harcèlement Moral", page 126).

 En général, on ne les considère pas comme complètement fous, car ils sont capables de maîtriser et de calculer leurs  actes. Ils  ne sont pas irresponsables en particulier sur le plan pénal. Toutefois la question n’est pas tranchée.

 Les psychologues voient éventuellement dans le narcissisme, quand il est excessif, une « maladie », une addiction (le «  malade » est parfaitement conscient de sa maladie, mais la minimise, ne peut pas changer ou ne cherche pas à changer), et  non une folie.

 Au pénal, les pervers narcissiques ne bénéficient généralement pas d’une responsabilité altérée ou atténuée, comme on l’a vu  dans le procès de Jean-Claude Romand : Le pervers connaît la loi et il est conscient de ce qu’il fait (simplement, il le fait  quand même par défi, par jeu, pour le frisson). Donc il reste responsable de son choix (en tout cas, il semble être responsable  pénalement).

 Mais le pervers narcissique lui-même se considère souvent comme « irresponsable » de ses actes. Ce qui rappelle la litanie  des « ce n'est pas ma faute, et ce n'est pas ma faute … » du Vicomte de Valmont annonçant à Madame de Tourvel qu’il va  rompre d’elle dans le roman "Les Liaisons dangereuses" de Pierre Choderlos de Laclos. (lettre CXLI)

 Le pervers narcissique ne se considère pas comme malade

 Le problème, c'est que le pervers narcissique refusant de considérer qu'il a un problème, les thérapies n'ont pas de prise sur  lui.

 S'il accepte de s'y soumettre (pour pouvoir dire qu'il a fait "tous les efforts possibles"), il va vite considérer le thérapeute  comme nul et incompétent et la thérapie comme totalement inutile. Peut-être aussi d’ailleurs a-t-il très peur de découvrir  certaines vérités désagréables, sur lui-même (le fait qu’il ne soit pas si magnifique que ce qu’il imagine).

 Pour la plupart des témoins de leur comportement étrange, il est très difficile de comprendre les pervers narcissiques car la  littérature psychiatrique ne décrit, le plus souvent, que le mécanisme mais pas leurs motivations profondes (comme celle se   s’enfermer systématiquement dans un mensonge, ou le fait de sans cesse rebondir d’un mensonge à l’autre). On ne fait que  des supputations...

 Quelle évolution pour le pervers narcissique ?

 Le pervers narcissique peut-il remédier à son « vide », à son absence d’intérêt pour les autres, cesser de projeter vers les  autres une personnalité qui n’est pas la sienne ?

 En réalité il est extrêmement rare qu’il change ou veuille changer d’attitude ou de valeurs morales. Car les gains que lui  ont valu cette attitude sont souvent très importants et très gratifiants pour lui (admiration, célébrité, pouvoir…). On ne  pourra pas changer un pervers narcissique par un « discours rationnel » car la quête perpétuelle de pouvoir est un moteur  puissant et une source intarissable de plaisir, une véritable drogue dure.

 Pour qu’il puisse changer, il faudrait qu’il subisse des chocs violents et des épreuves très importantes, susceptibles,  par exemple, de déstabiliser la très haute conception qu'il a de lui-même, et surtout le convaincre qu'à la longue  l'efficacité de ses mensonges et de ses tactiques s'est émoussée. C’est seulement ainsi qu’on pourrait espérer le voir,  peut-être, un jour (?), évoluer favorablement. À vrai dire cela n’arrive presque jamais.

 Mais en laissant espérer à son entourage, souvent aveugle, pareil changement, le pervers narcissique renforce son  pouvoir. En donnant à ses victimes l’impression de chercher sincèrement à s’amender, il endort leur méfiance et en fait plus  aisément ses dupes.

 De fait tout effort d’amélioration personnelle lui paraît dérisoire voire ridicule, et il craint surtout d'avoir tout à y perdre - sa  force, son pouvoir, le respect qu’on lui porte - avec le risque supplémentaire de se faire duper à son tour.

 La relation du pervers-bourreau, et de sa victime

 La logique perverse ignore le respect de l'autre. Autrui n'existe pas, il n'est pas entendu, il est seulement utile. Le  pervers a besoin de l'énergie de certaines personnes pour combler le vide de sa propre existence. Mais pour cela il lui faut  les soumettre.

 « Un pervers narcissique ne se construit qu'en assouvissant ses pulsions destructrices. » (Marie-France Hirigoyen, « Le  Harcèlement moral », page 125). Le pervers narcissique craint ainsi autant la solitude que les personnes qu'il ne peut pas  soumettre. Il a besoin d'avoir toujours auprès de lui quelqu'un, une victime, qu'il va utiliser pour se mettre en valeur, pour  se détourner de son propre néant, de sa propre réalité peu glorieuse, peu honorable. Il va donc essayer soit de s'approprier  des qualités de la victime, soit de la détruire en reportant sur elle ses propres défauts (égoïsme, avarice, mensonge…). Le  pervers est un prédateur.

 Appropriation des qualités de l’autre

 Plus que les biens matériels, ce sont des qualités morales, autrement plus difficiles à voler, que cherche à s’approprier  le pervers : la joie de vivre, la sensibilité, l'aptitude à la communication, la créativité, les dons musicaux ou littéraires...  Ainsi, lorsque le partenaire émet une idée, le pervers s'en empare et la fait sienne. S'il n'était pas litteralement aveuglé  par la haine, il pourrait, dans une relation d'échange, apprendre comment acquérir un peu de ces qualités qu'il envie. Mais  cela supposerait une modestie que par définition il n'a pas. Les pervers narcissiques cherchent aussi à s'approprier les  passions de l'autre dans la mesure où ils se passionnent pour cet autre ou, plus exactement, ils s'intéressent à cet autre  parce que cet autre est détenteur de quelque chose qui pourrait les passionner. On les voit ainsi avoir des coups de cœur,  puis des rejets brutaux et « définitifs ». L'entourage comprend alors mal comment une personne peut être portée aux nues un  jour puis démolie le lendemain.

 Les pervers narcissiques ressentent une envie très intense à l'égard de ceux qui leur semblent posséder les choses qu'ils n'ont  pas ou qui simplement tirent plaisir de leur vie. Ce désir d'appropriation peut être d'ordre social comme de séduire un  partenaire qui les introduira dans un milieu qu'ils envient, haute bourgeoisie, milieu intellectuel ou artistique… Le bénéfice  qu'ils en attendent est de posséder un faire-valoir qui leur permette d'accéder au pouvoir. Ils s'attaqueront ensuite à ce  faire-valoir, cherchant à détruire en lui l'estime de soi et la confiance en soi, afin d'augmenter à leurs yeux leur propre  valeur.

 Détruire et nier l’autre

 Cet autre, dont ils ne peuvent se passer, n'est même pas un alter ego respecté, qui aurait une existence, seulement un  reflet d'eux-mêmes. D'où la sensation qu'ont les victimes d'être niées dans leur individualité et leurs qualités.

 Le pervers narcissique cherche constamment à rehausser l’image qu’il a de lui-même. Il lui est pour cela nécessaire de  trouver un être qui l'admire et lui renvoie de lui-même une image prestigieuse. Mais, refusant d'admettre ce besoin de se  sentir perpétuellement valorisé, il dénie l'attachement à son faire-valoir que pareil besoin induit, faire-valoir qu'il n'aura  de cesse de détruire.

 Le pervers ne peut établir une relation fondée sur la symétrie ; il lui faut dominer l'autre et le mettre dans  l'impossibilité de  réagir et d'arrêter ce combat. C'est à ce titre que l'on est fondé à parler d'une réelle agression sur  l'autre, et non d'un jeu  pervers-complice. Il n'y a pas de négociation possible avec le pervers, tout est imposé, dès le  départ, à la victime à qui a été  retiré le pouvoir de dire non et qui, même si elle essayait d'utiliser à son tour des  défenses  perverses, ne pourrait jamais  atteindre à la virtuosité « dans le mal » de son bourreau.

 Pour parvenir à la destruction de sa victime, le pervers procède souvent de la façon suivante : - Il aborde sa victime en  affichant une certaine « chaleur » externe. - Il s'insinue de plus en plus dans la vie de cette personne. - Il la vampirise  par des  moyens directs (reproches, insultes, humiliation...) ou indirects. - Finalement la victime tombe dans la dépression,  la mélancolie, les comportements addictifs, voire l’automutilation. Elle est ainsi totalement à sa merci ou détruite.

 Le pervers entre en relation avec l'autre pour le séduire. Dès que le poisson est « ferré », il le maintient tout simplement «  accroché » tant qu'il en a besoin. Il joue avec sa victime au chat et à la souris, faisant patte de velours pour mieux la tenir,  puis sortant ses griffes lorsqu'elle cherche à s'évader.

 Celle-ci peut mettre des années avant de se rendre compte du processus de destruction mis en place. Au commencement  elle ne subit que des brimades, des phrases anodines mais pleines de sous-entendus blessants, avilissants, voire violents.  C'est la répétition constante de ces petites attaques qui rend l'agression évidente. Et il faut un incident pour déclencher la  crise qui amène l'agresseur à dévoiler son piège ou sa tactique.

 En règle générale, c'est la prise de conscience de la victime, et ses sursauts de révolte, qui vont provoquer le processus de  mise à mort. Car l'on assiste bien à de véritables mises à mort psychiques où l'agresseur n'hésite pas à employer tous les  moyens pour atteindre son but : anéantir sa proie. De fait toute remise en question de la domination du pervers sur sa  victime ne peut qu'entraîner chez lui une réaction de fureur destructrice.

 Le pervers peut chercher par exemple à éteindre toute libido en refusant soudainement une relation sexuelle avec son  partenaire, tout en le culpabilisant pour cela. Il cherche ce faisant à éteindre, chez sa victime, toute trace de vie, tout désir y  compris celui de réagir.

 Il s'ingénie à culpabiliser sa proie. Ne supportant pas, un seul instant, d'avoir tort, il refuse toute critique, toute  discussion ouverte et constructive avec sa victime. Il la bafoue ouvertement, n'hésitant pas à la dénigrer, à l'insulter,  autant que possible sans témoin. Sinon il procède plus subtilement par allusions, tout aussi destructrices, mais invisibles  aux yeux non  avertis. La victime, elle, donne énormément, mais ce n'est jamais assez. N'étant jamais content, le pervers  narcissique prend toujours la position de la victime d'une frustration dont il rend sa propre victime responsable.

 Il dévore sa victime en se persuadant que c'est elle qui sollicite la sujétion. Il refuse de voir ou de reconnaître les  difficultés qu’il crée dans la relation, car cela l'amènerait à une perception négative de sa propre image. Il en rejette la  responsabilité sur son partenaire pour peu que celui-ci fasse preuve de bienveillance ou s'applique à jouer un rôle  réparateur. Mais si ce dernier refuse d'accepter les torts imaginaires qui lui sont injustement imputés, il est  immédiatement accusé d'être hostile et rejetant.

 Il ne mesure pas à la même aune son comportement, toujours irréprochable selon lui, et celui des autres, toujours en  faute. Il  ne voit jamais la disproportion entre le peu qu’il « donne » et ce qu’il reçoit. C'est toujours l'autre, et jamais lui,  qui fait  preuve d'ingratitude et de mesquinerie.

 L’existence même de la victime peut constituer, pour le pervers, un reproche permanent de sa perversité, et elle devient  alors, à son insu, celle sur qui va se focaliser sa haine. Le pervers s’en prendra d'ailleurs à tous les « redresseurs de torts »,  à tous ceux qui auront cherché à le faire changer, et il n’aura de cesse de les faire chuter (moralement, socialement) car ils  auront commis le crime, impardonnable à ses yeux, de faire intrusion dans son système de « confortement narcissique  permanent ».

 Le profil des victimes

 Elles sont dotées des qualités que le pervers précisément convoite : douées et cherchant toujours à donner le meilleur  d'elles-mêmes, elles sont séduisantes. Vives et extraverties, elles aiment parler de leurs réussites et exprimer leurs joies.  Etant profondément généreuses, elles ne peuvent se résoudre à admettre la perversité de leur bourreau et s'appliquent  à lui trouver des excuses. Toujours prêtes à se sentir responsables, voire coupables, acceptant facilement la critique,  elles s'épuisent à donner au pervers une impossible satisfaction.

 Elles introjectent la culpabilité : « Tout est de ma faute ! », ce qui permet au pervers narcissique une projection hors  de soi-même en rejetant la culpabilité sur l'autre : « C'est de sa faute ! » (cf. Marie-France Hirogoyen, « Le Harcèlement  Moral »,  p. 112).

 Le pervers recherche souvent une personnalité maternelle, aimante, dévouée, parce qu'il a besoin d’être aimé, admiré -  même et surtout s'il est lui-même incapable d’aimer -, d’avoir quelqu'un entièrement à son service. Mais l'attirance qu'il  ressent pour elles n'exclut pas la haine.

 Il prend le plus souvent ses victimes parmi des personnes pleines d'énergie et d'amour de la vie, pour les vampiriser et les  «  dévitaliser ». Il choisit de préférence des personnes honnêtes, sincères, gentilles, qui cherchent vraiment à consoler et  à réparer, mais aussi naïves, sans trop d’esprit critique, voire fragiles, afin de les amener plus facilement et plus  rapidement à accepter une relation de dépendance.

 La victime recherche souvent de son côté une personne forte et charismatique qui la rassure, et c’est là justement l'image  que le pervers veut donner de lui.

 Les victimes désignées sont celles qui ont besoin d’un but valorisant pour exister - visiteuse de prison, bénévoles d’ONG…  -,  qui veulent agir pour le bien, et aiment à s’occuper des « chiens perdus sans collier ». Elles tomberont aisément sous  l'emprise des pervers dans lesquels elles verront, souvent à tort, une personne fragile, un enfant à protéger.

 Le pervers vit et se nourrit de l’espoir que la victime place, naïvement ou désespérément, en lui ou en quelque chose  qu'il  lui fait miroiter en permanence par des promesses fallacieuses. Cet espoir, pour la victime harcelée, est de « guérir » le  harceleur et c'est cette illusion qui la fait rester dans la relation, et continuer à subir les attaques qui la détruisent sans  réussir à la « décrocher » pour autant.

 On s'étonne souvent que, malgré l’évidence des preuves, les victimes ne quittent pas leur bourreau. Mais c'est qu'en elles se  mêlent aussi fierté, aveuglement, entêtement, dissonance cognitive, refus de la réalité. Car admettre la réalité serait  trop  douloureux, trop insupportable, quand l’investissement affectif dans le conjoint ou le partenaire a été l'objet a  pris tant de  place dans leur vie. Elles auraient trop à perdre à y renoncer, à commencer par leurs illusions.

 Il y a souvent chez elles un amour fier, fanatique et aveugle (voire délirant), pour le compagnon ou l'enfant pervers. Par  orgueil elles ne veulent pas se reconnaître comme victime, car elles espèrent toujours contrôler la situation. Du moins le  pervers le leur laisse-t-il croire, alors que c’est toujours lui le vrai marionnettiste qui sait tirer les bonnes ficelles.

 Pour certains psychanalystes les victimes d'une agression perverse sont secrètement complices de leur bourreau en instaurant  ou favorisant une relation sadomasochiste, source de jouissance pour le pervers qu'elles espèrent ainsi contenter, pour  mieux se faire accepter par lui. On est alors dans une relation psychopathologique.

 Certaines victimes semblent souffrir au départ d’un manque de confiance en soi pathologique qui leur fait accepter  aisément toute forme de soumission. Mais la plupart des victimes ne sont pas nécessairement masochistes : ce qui  différencie les victimes de pervers des masochistes, c'est que lorsque, au prix d'un immense effort, elles parviennent à se  séparer de leur bourreau, elles ressentent une immense libération, parce que la souffrance en tant que telle ne les intéresse  pas.

 Profil des conjoints des pervers narcissiques

 On remarque que ces épouses (ou époux, le pervers narcissique n'est pas nécessairement masculin) se retrouvent un peu  dans la même situation que celles des femmes battues. Elles subissent graduellement un lavage de cerveau, d’autant plus  facilement qu’elles-mêmes sont souvent à la recherche d’un compagnon qui puisse les structurer. Elles peuvent même trouver  excitant le côté sombre de leur partenaire. Elles peuvent être au courant de ses antécédents (problèmes de mœurs, prison,  mauvaises actions racontées à l’envi par le pervers à son partenaire etc.) et pourtant tout lui pardonner.

 Beaucoup d’entre elles restent avec leur mari parce qu'elles ont peur pour leur avenir, pour celui de leurs enfants, et pour  leur sécurité matérielle. Beaucoup sont financièrement dépendantes de leur mari. Autant de raisons pour qu'elles acceptent le  statut quo et se contentent d’un « bonheur au rabais ».

 Les pervers narcissiques mariés ont souvent des épouses soumises qui ont sans doute peur de perdre leur « homme » et ne  posent aucune question, même devant des évènements très troublants. Leur relation avec leur mari est loin d'être parfaite,  mais elles s'en contentent. Elles espèrent toujours se tromper sur son compte, ou le corriger avec leur amour.

 Elles ne reviennent à la réalité que lorsqu’elles échappent à l'attraction machiavélique qu'exerçait leur compagnon et que le  monde dans lequel il les avait contraintes à vivre s’écroule peu à peu. Lorsqu'elles découvrent qui est réellement leur mari,  elles perdent en fait toutes leurs certitudes. « Ces femmes ont des soupçons qu'elles ne veulent pas croire ». « La réalité est  que le mariage est une chose très compliquée et qui doit répondre à beaucoup de besoins. Ce qui est acceptable pour une  personne peut ne pas l'être pour une autre ».

 Il est possible que, quel que soit l'aspect monstrueux du mari, ce dernier est capable par moment de tendresse, d'une  tendresse toute relative dont se contentera alors l'épouse. D’autres sont l’objet de menaces, de punitions, le plus souvent  subtiles, voilées, dans le cadre d’une sorte de dressage.

 Comme Monique Olivier, 55 ans, visiteuse de prison qui avait rencontré Michel Fourniret lors de son séjour à Fleury-Mérogis  avant de l’épouser, en 1989, une personne effacée « craintive, très impressionnée par son mari mais pas dans une logique de  remords », ne s'étant pas révoltée une seule fois, selon le procureur général de Reims.

 Parlant des femmes des tueurs en séries - le cas extrême - Michèle Agrapart-Delmas, psychocriminologue, expert judiciaire  auprès de la Cour d’appel de Paris, rapporte : « Elles sont dans un rapport de soumission dans lequel elles trouvent un  équilibre très précaire, pathologique. (...) Il y a un rapport de domination, mais en même temps elles participent et  mettent  la main à la pâte, ce qui révèle vraisemblablement des personnalités perverses. (...) Parallèlement, elles sont  soumises à un isolement de plus en plus grand, sont petit à petit retirées de leur vie sociale. Leurs partenaires leur font  comprendre que « les autres ne comprendraient pas ». Ces femmes sont des victimes mais des victimes partiellement  consentantes ».

 Roy Hazelwood, psychologue, a relevé que beaucoup de sadiques sexuels expérimentent sur leurs épouses certains  comportements qu’ils accomplissent par la suite sur leurs victimes. Séduites, fascinées, vampirisées par la personnalité de  leurs maris, elles peuvent perdre une partie de leur humanité. Selon ce dernier, on ne deviendrait pas toujours la femme d’  un grand pervers par hasard. Certaines femmes sont fascinées par les tueurs en série ou les pervers. L’un des plus célèbres, Ted  Bundy, qui a inspiré le film « Le silence des agneaux », a été inondé de demandes en mariage avant son exécution en Floride,  le 24 janvier 1989.

 Pourquoi acceptent-elles leur sort et ne se défendent-elles pas ?

 La plupart du temps ces victimes ne peuvent rien faire. Elles sont trop faibles pour se défendre face à leur persécuteur,  trop faibles pour prouver aux autres que la personne qui les a persécutées n’est pas celle qu’elle s’évertue à paraître. Elles   sont souvent déstabilisées par l’absence de scrupules et la capacité de mensonge jusqu’au-boutiste de leur bourreau.  De plus, elles savent qu’il est capable de terribles vengeances. Il y a souvent chez elles un mélange de fascination et de  peur, comme la  souris devant le naja.

 De plus certains pervers infligent à leurs victimes des coups moraux si terribles, qu'il faut à leurs victimes beaucoup de  temps pour s’en remettre. Certaines ne s’en remettent d’ailleurs jamais et peuvent aller jusqu'à se suicider.

 L’aveuglement de certaines victimes est semblable à celui des membres d’une secte face aux agissements de leur  gourou. Elles croient se défendre sans mesurer la puissance de l’emprise à laquelle elles sont soumises et le courage immense  qu'il leur faudra pour s’en libérer. Elles peuvent alors trouver plus facile de se bercer d’illusions que de s'engager dans ce  difficile effort libératoire.

 Ruses, stratégies et tactiques des pervers narcissiques

 Le pervers a en général beaucoup d’imagination, et il est difficile de recenser, ici, les milliers de ruses et tactiques, dont il dispose dans son arsenal.

 Séduction, jeu sur les apparences

 Contrairement au pervers de caractère, qui irrite son entourage par ses revendications et nie radicalement l’autre, le  pervers narcissique, lui, réussit à créer un élan positif envers lui. Comme toute personne manipulatrice, il sait se rendre  aimable.

 Il change de masque suivant les besoins, tantôt séducteur paré de toutes les qualités, tantôt victime faible et innocente. Il  a un souci scrupuleux des apparences, donnant le plus souvent l’image, valorisante pour son ego, d’une personne  parfaite, image qui cache son absence d’émotion, d’amour, de sincérité et d’intérêt pour tout ce qui n’est pas lui. Il ne  s'intéresse pas à la réalité, tout est pour lui jeu d'apparences et de manipulation de l'autre. Il excelle à susciter,  amplifier et faire alterner chez l'autre regrets et peurs.

 Dissimulation

 Le pervers agit à l’abri des regards. Les maltraitances sont rarement sous le feu des projecteurs, mais plutôt  perpétrées dans le secret des alcôves. Les pervers sont les professionnels de la double vie et de la double personnalité.

 Mimétisme

 Ce sont de véritables caméléons, aptes à mimer les attitudes et les paroles de son interlocuteur pour susciter chez lui  l'illusion d'un accord parfait, d'une entente exceptionnelle qui ne cesse de s'approfondir. Le mimétisme est d’ailleurs l'une  des techniques employée par la Programmation neuro-linguistique.

 Diviser, cloisonner ses relations

 Par prudence, il divisera et cloisonnera ses relations, afin qu’on ne puisse pas recouper ses mensonges ou que ses victimes  ne risquent pas de se s'allier contre lui. Sa technique, dans ce domaine, finit par être magistrale.

 Vous encenser pour mieux vous couler

 Il commence par vous encenser. Vous êtes le meilleur, le plus doué, le plus cultivé… Personne d'autre que vous ne compte  pour lui (il n'hésite d'ailleurs pas à dire la même chose successivement à plusieurs personnes). Ces éloges et ces protestations  d'attachement lui permettent de mieux « vous couler » ensuite en jouant sur l'effet de surprise, et de vous atteindre d'autant  plus que vous ne vous attendiez pas à l'attaque et qu'il a en outre pris soin de choisir précisément le moment où vous pouviez  le moins vous y attendre.

 Se valoriser sans cesse et dévaloriser l’autre

 Les narcisses cherchent à évoluer sous les feux de la rampe, à choisir des situations où d'autres pourront les admirer. Ils  veulent capter l'attention de leurs semblables qu'ils considèrent, par ailleurs, comme de simples faire-valoir, victimes  potentielles qu’ils n'hésiteront pas à critiquer en public, souvent insidieusement.

 Le principe d’autorité

 Il utilise son pouvoir de séduction, ses talents de comédien, son apparence de sérieux, toutes les facettes de ses «  personnalités » pour s'imposer. Il aime arrêter toute discussion par quelque phrase définitive, utilisant le principe d’  autorité : « Je suis malade ! », ou bien « Tu te rends compte de ce que tu me demandes ! », « Je ne peux pas discuter avec  toi pour l’instant, tu vois bien que je suis pris ».

 L’induction (suggérer l’idée à l’autre)

 La grande force du pervers narcissique est l'art de l'induction.

 Il s'applique à provoquer chez l'autre des sentiments, des réactions, des actes, ou, au contraire, à les inhiber. Il  fonctionne en quelque sorte comme un magicien maléfique, un hypnotiseur abusif, utilisant successivement injonctions et  séduction. Evitant d'exprimer à l'autre ce qu'il pense, de l'éclairer sur ses intentions, il procède par allusion, sans jamais se  compromettre. Pour mieux duper, il suscite chez l'autre un intérêt pour ce qui va faire l'objet de la duperie, qu'il va rendre  aussi alléchant que possible sans jamais en parler ouvertement. Etalant connaissances, savoir, certitudes, il va pousser  l'autre à vouloir en savoir plus, à convoiter l’objet en question et à exprimer son désir de se l’approprier .

 Il procède de la même façon s’il a l'intention a priori de refuser quelque chose. L'autre, qui n'avait pas l'idée de demander quoi  que ce soit, va se sentir pris à contre-pied sans savoir exactement pourquoi : il se promettra alors de ne jamais demander  quelque chose, il doutera de sa propre honnêteté, ou même se sentira suspect, entrant inconsciemment dans le jeu du  pervers narcissique. Ce dernier, pour prendre l'ascendant sur sa « victime », assortira volontiers son discours d'un message  moralisateur et s'affichera comme un être « noble et pur », contraignant l'autre qui ne veut pas être repoussé à s'identifier  à cette morale, que cela soit dans l’acceptation ou le refus de la chose suggérée.

 Faisant parler le pervers narcissique, Alberto Eiguer écrit : « Il faudrait que vous agissiez de sorte qu'il ne reste aucun doute  que vous êtes moi... et que tout ce que vous faites, dites ou éprouvez, confirme que je suis le seul, moi, le plus grand et cela  même au prix de votre propre disqualification ». On touche ici au fondement de l'induction narcissique.

 Contradictions ou contradictions apparentes

 Un jour, relâchant sa vigilance, content et fier de son coup, le pervers narcissique pourra même se vanter auprès de tiers  auxquels il prête ses propres pensées, de son succès, l'autre l'avait mérité, puisqu’il « n'avait qu'à ne pas être si bête et si  naïf ».

 Mais même quand les contradictions de son comportement éclatent semant alors le doute sur sa personnalité, ses intentions  ou sa sincérité, il parvient le plus souvent à rattraper ses erreurs et à restaurer la belle image de lui-même qu'il a laissée  se fissurer par manque de prudence. Il affirmera alors, par exemple, qu’il a plaisanté et qu’il ne cherchait qu’à tester son  interlocuteur.

 La plupart du temps, on lui pardonnera malgré tout, parce qu'il sait se rendre sympathique et surtout parce qu’il a toujours  une explication pour justifier un comportement soudain contradictoire. L’erreur « désastreuse » sera mise sur le compte d’  une faiblesse momentanée, d'une fatigue, d’un surmenage, d’une maladie. Finalement, on se dira que toute personne «  parfaite » est faillible.

 « Le pervers narcissique, […] aime la controverse. Il est capable de soutenir un point de vue un jour et de défendre les idées  inverses le lendemain, juste pour faire rebondir la discussion ou, délibérément, pour choquer. » (Marie-France Hirogoyen, Le  Harcèlement moral, page 108)

 Emploi de messages paradoxaux

 Le pervers narcissique se complaît dans l'ambiguïté. Par ses messages paradoxaux, doubles, obscurs, il bloque la  communication et place sa victime dans l'impossibilité de fournir des réponses appropriées, puisqu'elle ne peut comprendre la  situation. Elle s'épuise à trouver des solutions qui seront par définition inadaptées et rejetées par le pervers dont elle va  susciter les critiques et les reproches. Complètement déroutée, elle sombrera dans l'angoisse ou la dépression (voir  Marie-France Hirigoyen, « Le Harcèlement Moral », « La communication perverse », p. 111).

 Calomnies et insinuations

 « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ! » (Beaumarchais).

 Le pervers narcissique a le talent de diffamer sans avoir l’air d'y toucher, prudemment, en donnant l’apparence de l’  objectivité et du plus grand sérieux, comme s’il ne faisait que rapporter des paroles qui ne sont pas les siennes. Souvent il  ne porte pas d’accusation claire, mais se contente d'allusions voilées, insidieuses. À la longue, il réussira à semer le doute,  sans avoir jamais prononcé une phrase qui pourrait le faire tomber sous le coup d’une accusation de diffamation.

 Il usera du pouvoir de la répétition et ne cessera pas de semer le doute sur l’honnêteté, sur les intentions de l’adversaire  qu'il veut abattre s'appuyant sur la tendance humaine à croire « qu’il n’y a pas de fumée sans feu ».

 Fausse modestie

 Lors de l’utilisation de la technique de l’induction (voir plus haut), il se présente bien volontiers comme une personne  modeste, n’osant pas proposer ses solutions ou l’objet de sa duperie (l’appât), l’objet qu’il veut soumettre à la convoitise de  l’autre.

 Comme un rusé paysan, il est capable parfois de se faire passer pour bête et naïf, prêchant le faux pour savoir le vrai. Un  très  bon moyen de guerre psychologique pour tirer les vers du nez d’une personne trop pleine de certitudes.

 Confusion des limites entre soi et l'autre

 Le pervers narcissique n'établit pas de limites entre soi et l'autre. Il incorpore les qualités de l'autre, se les attribue pour  pallier les faiblesses de sa véritable personnalité et se donner une apparence grandiose. Ces qualités qu'il s'approprie, il les  dénie à leur véritable possesseur, cela fait partie intégrante de sa stratégie de la séduction. « La séduction perverse se  fait en utilisant les instincts protecteurs de l'autre. Cette séduction est narcissique : il s'agit de chercher dans l'autre l'unique  objet de sa fascination, à savoir l'image aimable de soi. Par une séduction à sens unique, le pervers narcissique cherche à  fasciner sans se laisser prendre. Pour J. Baudrillard, la séduction conjure la réalité et manipule les apparences. Elle n'est  pas énergie, elle est de l'ordre des signes et des rituels et de leur usage maléfique. La séduction narcissique rend confus,  efface les limites de ce qui est soi et de ce qui est autre. On n'est pas là dans le registre de l'aliénation - comme dans  l'idéalisation amoureuse où, pour maintenir la passion, on se refuse à voir les défauts ou les défaillances de l'autre -, mais  dans le registre de l'incorporation dans le but de détruire. La présence de l'autre est vécue comme une menace, pas comme  une complémentarité. » (Marie-France Hirigoyen, Le Harcèlement Moral, p. 94).

 Utilisation de fausses vérités énormes ou crédibles

 La communication perverse est au service de cette stratégie. Elle est d'abord faite de fausses vérités. Par la suite, dans le  conflit ouvert, elle fait un recours manifeste, sans honte, au mensonge le plus grossier.

 « Quoi que l'on dise, les pervers trouvent toujours un moyen d'avoir raison, d'autant que la victime est déjà déstabilisée et  n'éprouve, au contraire de son agresseur, aucun plaisir à la polémique. Le trouble induit chez la victime est la conséquence  de la confusion permanente entre la vérité et le mensonge. Le mensonge chez les pervers narcissiques ne devient direct que  lors de la phase de destruction, comme nous pourrons le voir dans le chapitre suivant. C'est alors un mensonge au mépris de  toute évidence. C'est surtout et avant tout un mensonge convaincu qui convainc l'autre. Quelle que soit l'énormité du  mensonge, le pervers s'y accroche et finit par convaincre l'autre. Vérité ou mensonge, cela importe peu pour les pervers : ce  qui est vrai est ce qu'ils disent dans l'instant. Ces falsifications de la vérité sont parfois très proches d'une construction  délirante. Tout message qui n'est pas formulé explicitement, même s'il transparaît, ne doit pas être pris en compte par  l'interlocuteur. Puisqu'il n'y a pas de trace objective, cela n'existe pas. Le mensonge correspond simplement à un besoin  d'ignorer ce qui va à l'encontre de son intérêt narcissique. C'est ainsi que l'on voit les pervers entourer leur histoire d'un grand  mystère qui induit une croyance chez l'autre sans que rien n'ait été dit : cacher pour montrer sans dire. » (Marie-France  Hirigoyen, Le Harcèlement moral, page 94)

 Il use d'un luxe de détails pour éteindre la vigilance de ses proches. « Plus le mensonge est gros, plus on a envie d'y croire. »

 Se poser en victime

 Lors des séparations, les pervers se posent en victimes abandonnées, ce qui leur donne le beau rôle et leur permet de  séduire un autre partenaire, consolateur.

 Il peut se faire passer pour faible, pour le « chien perdu sans collier », prendre la mine de chien battu, les yeux tristes, dont  voudront alors justement s’occuper les femmes maternelles, dévouées, celles ayant une vocation de dame patronnesse, celles  n’existant que par le dévouement à autrui, celles qui deviendront souvent leurs future victime. Cela afin de mieux faire  tomber dans ses filets

 Il a d’ailleurs un talent fou pour se faire passer pour une victime. Comme il a un talent fou, pour se faire passer pour  malade ou irresponsable ou tirer profit d’une maladie (imaginaire ou réelle), d’un accident, user ou abuser d’un handicap  réel etc.

 Création d’une relation de dépendance

 L'autre n'a d'existence que dans la mesure où il reste dans la position de double qui lui est assignée. Il s'agit d'annihiler,  de nier toute différence. L'agresseur établit cette relation d'influence pour son propre bénéfice et au détriment des  intérêts de l'autre. « La relation à l'autre se place dans le registre de la dépendance, dépendance qui est attribuée à la  victime, mais que projette le pervers [sur l’autre]. A chaque fois que le pervers narcissique exprime consciemment des  besoins de dépendance, il s'arrange pour qu'on ne puisse pas le satisfaire : soit la demande dépasse les capacités de  l'autre et le pervers en profite pour pointer son impuissance [celle de sa victime], soit la demande est faite à un moment  où  l'on ne  peut y répondre. Il sollicite le rejet car cela le rassure de voir que la vie est pour lui exactement comme il avait  toujours su qu'elle était » (Marie-France Hirigoyen, « Le Harcèlement Moral », page 115).

 Inhiber la pensée critique de la victime

 Lors de la phase d'emprise, la tactique du pervers narcissique est essentiellement d'inhiber la pensée critique de sa victime.  Dans la phase suivante, il provoque en elle des sentiments, des actes, des réactions, par des mécanismes d'injonction ou d’  induction. « Si l'autre a suffisamment de défenses perverses pour jouer le jeu de la surenchère, il se met en place une lutte  perverse qui ne se terminera que par la reddition du moins pervers des deux. Le pervers essaie de pousser sa victime à  agir contre lui (et à la faire agir d’une façon perverse) pour ensuite la dénoncer comme « mauvaise ». Ce qui importe,  c'est que la victime paraisse responsable de ce qui lui arrive ». (Marie-France Hirigoyen, « Le Harcèlement Moral », page  122).

 Le plus dur pour la victime est de ne pas rentrer dans le jeu, en particulier le jeux des conflits artificiels, provoqués par le  pervers.

 Tactique du harcèlement moral pervers

 Isoler quelqu'un, refuser toute communication, ne pas lui transmettre de consignes, multiplier les brimades, ne pas lui  donner de travail ou un travail humiliant, au contraire, lui donner trop de travail ou un travail largement au dessus de ses  compétences etc... les cas de figure du harcèlement moral, du bizutage ou du mobbing, telles sont les tactiques du  harcèlement moral, pouvant se décliner à l’infini.

 Selon la définition la plus courante « Le harcèlement moral est un ensemble de conduites et de pratiques qui se caractérisent  par la systématisation, la durée et la répétition d'atteintes à la personne ou à la personnalité, par tous les moyens  relatifs au travail, ses relations, son organisation, ses contenus, ses conditions, ses outils, en les détournant de leur finalité,  infligeant ainsi, consciemment ou inconsciemment, une souffrance intense afin de nuire, d'éliminer, voire de détruire. Il  peut s'exercer entre hiérarchiques et subordonnés, de façon descendante ou remontante, mais aussi entre collègues, de façon  latérale ».

 Tactiques ultimes (sur le point d’être confondu)

 Si un emballement peut conduire le pervers narcissique à commettre des actes de violence, il évite soigneusement de se faire  « emballer » par la police et la justice. Pour cela, il maîtrise l'art de « l'emballage » des faits dans le discours. Pour  paraphraser Philinte, dans « Le Misanthrope » : « Toujours, en termes convaincants, ses dénégations sont dites ». Acculé, il  peut se faire passer pour fou, irresponsable de ses actes, car on sait que les fous peuvent tout se permettre (article 122-1 du  nouveau code pénal).

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